Dominique Perrault Architecture

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2004   |   2019

Piazza Garibaldi

Naples, Italie

La ville du dessous: une autre géographie

Après deux réalisations dans le nord de l’Italie – l’hôtel NH-Fieramilano au nord-ouest de Milan livré en 2008 et le réaménagement de la piazza Gramsci (2004), place centrale de Cinisello Balsamo, commune située à quelques kilomètres de la capitale milanaise –, Dominique Perrault investit les provinces du sud de la péninsule en profitant de l’arrivée prochaine du métro pour orchestrer la transformation – en profondeur – d’un espace public majeur du cœur de Naples : la Piazza Garibaldi.

Suite à une proposition remarquée à l’occasion du concours international d’architecture pour la création de la future gare TGV Napoli - Afragola (Treno Alta Velocita) en 2003, l’architecte de la Grande Bibliothèque se voit confier dès 2004 par Metropolitana de Napoli les études pour le réaménagement de la Piazza Garibaldi, ainsi que la réalisation de la station de métro éponyme sur la nouvelle ligne 1.
Théâtre bouillonnant de l’intensité napolitaine où défilent plus de 50 millions de personnes chaque année, la Piazza Giuseppe Garibaldi sur laquelle veille, face à la gare centrale, la statue de celui que l’on surnomme le « Héros des Deux Mondes », réunit dans un joyeux chaos le cœur historique de Naples avec le nouveau quartier d’affaires établit sur les anciens entrepôts de la ville de Naples : le Centro Direzionale.

Trait d’union de près de 6 hectares, la place, tenue par un patrimoine bâti hétérogène, opérait jusqu’alors comme un vaste espace disponible au service de l’intermodalité et des déplacements, sans que l’espace public ne soit proprement qualifié pour recevoir des pratiques urbaines, et n’offre aux riverains, voyageurs et promeneurs que peu d’espaces dédiés à la flânerie et à la détente.

La présence future d’une nouvelle infrastructure de transport sur la place consacre encore davantage le caractère multimodal d’un espace urbain grand comme les places parisiennes de la République et de la Bastille réunies.
La piazza Garibaldi, parvis de la remarquable gare centrale des architectes Pier Luigi Nervi, Bruno Zevi, et Luigi Piccinato récemment réhabilitée, et dont les motifs triangulaires de la toiture font aujourd’hui partie de l’imaginaire collectif de Naples, concentre également les flux générés par la gare routière, le Tram, la ligne 2 du métro, de la gare Circumvesuviana, mais également les échanges routiers, deux-roues et piéton du centre-ville.  

La géométrie au service de la géographie

Dominique Perrault profite avec ingéniosité de l’addition dans le dispositif d’une nouvelle station de métro pour réformer un espace urbain plein de vitalité mais marqué par l’intensité du trafic automobile, la fragmentation des espaces piétonniers et la discontinuité des parcours. La place qui n’existe dans sa configuration actuelle que depuis la démolition de la gare historique du XIXème au début des années 60, constitue un vide de 360 mètres par 165, sans composition ni structure particulière depuis le square où siège le général de l’expédition des Mille jusqu’à la nouvelle gare centrale.

Pour réveiller un territoire d’une telle dimension, l’architecte travaille par division et installe sur la place plusieurs lieux, davantage constitués à l’échelle du piéton, de sorte que les usages se multiplient et que l’urbanité de la place opère aussi bien de jour que de nuit. Ce n’est plus une, mais quatre places que construit Perrault.

A l’est, la place historique du XIXème siècle et le tramway assurant la liaison au nord avec la piazza Prince Umberto et au sud avec la piazza Nolana.
Au nord, sur plus de 200 mètres de long, un ensemble de parcs et jardins ainsi qu’une pièce d’eau marquant l’accès au métro contribuent à la fraicheur de la place. Face à ce dispositif paysager, une grande galerie à ciel ouvert, incrustée dans le sol huit mètres sous le niveau de la place, s’infiltre et glisse sous terre pour rejoindre par un réseau de galeries enterrées les autres gares. Il s’agit de la place des commerces et du marché aux fleurs.
A l’ouest, face à la gare centrale, la piazza intermodale forme le nouveau parvis des gares ferroviaire et routières (bus et taxi). La cime des grands arbres de métal ombrageant la nouvelle galerie s’organise sur la hauteur de la toiture en V de la gare. La proximité physique entre les deux structures amorce un dialogue qui se poursuit dans une dialectique chromatique et formelle. Textile, la nouvelle toiture prolonge dans une écriture résolument contemporaine et fondamentalement immatérielle les motifs triangulés dessinés par les architectes de la gare jusqu’à la place historique. Main tendue entre les âges.
Dans une proximité assumée avec l’école française du paysage, Dominique Perrault partitionne l’espace et structure la composition paysagère et urbaine générale en déportant les circulations sur la périphérie de la place afin d’en libérer le cœur. Cette boucle ancre davantage encore la place dans le tissu urbain alentour en se rattachant aux rues adjacentes.

La mécanique du sol

Dans le processus de requalification de la piazza, l’architecte français mobilise l’histoire pour apaiser la géographie. Et vice versa… le projet mettant en scène l’histoire qu’il donne à voir. Car à Naples l’histoire est partout.
Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la Cité antique de Naples conserve, avec une incroyable densité, les vestiges d’une histoire de près de 3000 ans. Du Castel dell’Ovo assis sur la baie de Naples au Gesù Nuevo, du Palais Royal aux grandes voutes de verre de la Galleria Umberto 1er, des théâtres antiques aux trésors du Risorgimento, la ville témoigne à corps engagé de la richesse de son histoire.  Cette générosité se retrouve partout dans les sous-sols de la ville, qui dissimulent ici et là un dédale de réseaux, de carrières et de passages s’enfonçant parfois à plus de trente mètres de profondeur.
Non sans ironie, le sous-sol de la place Garibaldi qui se trouve à l’articulation des âges de la ville, à l’inflexion de l’histoire, est dépourvu de tout vestige archéologique.  
Cette configuration est à l’origine du projet porté par l’architecte :
« Disons la vérité, dans une certaine mesure, nous sommes un peu jaloux des autres sites du métro, là où il y a des ruines, où il y a des traces de l’histoire. Alors nous avons créé nos propres traces de l’histoire et nous avons incrusté dans le sol une grande galerie. Le principe étant que ce qui est en dessous du sol apparaisse de façon particulière au-dessus du sol, ou tout au moins, avec de la lumière naturelle. C’est-à-dire que ce réseau sous terrain est un réseau qui de temps en temps apparaît et permet d’introduire cette qualité de la lumière naturelle jusqu’au plus profond, jusqu’à la station de métro qui se trouve à 40 mètres dans le sol. »

Le miracle de Perrault disait Massimiliano Fuksas récemment à propos de la gare de Naples c’est de descendre la lumière jusqu’au quai. Jusqu’au tréfonds du métro. A une quarantaine de mètres de la place. De donner à voir le ventre, les entrailles de Naples. D’infiltrer l’activité de la ville dans le sol que l’histoire n’avait pas encore investit.  

Perrault confond le dehors et le dedans, l’infrastructurel et l’urbain. Il met en scène la profondeur, et scénarise l’expérience de l’enfouissement et du souterrain en prolongeant les usages et les vues entre le dessus et le dessous. La station de métro « Garibaldi » n’est pas une bouche de métro, pas plus qu’une gare monument, mais une chose qui s’étend, s’étire et se délie pour rapprocher et mettre en tension les éléments présents sur cette place du centre-ville. Cette « architectonique du lien » souvent à l’œuvre dans les projets de l’architecte s’appuie sur la mobilité, le déplacement et l’interactivité pour instituer l’espace. Thérapeute, l’architecte réconcilie les dynamiques verticales d’accès au réseau de transport avec les mouvements horizontaux de la ville. Expert de l’enfouissement de l’architecture, Perrault interdit l’effet de seuil en brouillant les limites de la ville à la gare.

Dans le fût central, les escalators mécaniques se plient et se déplient. Se retournent et s’inversent régulièrement sous les variations du ciel de Naples. Une unique sculpture de métal aux angles durs et aux mille reflets, dont le serpentement régulier se joue de la présence d’impressionnants butons nécessaires à la stabilisation structurelle de l’infrastructure. Point d’orgue du dispositif, le voyageur termine sa descente face à une œuvre de l’artiste Michelangelo Pistoletto, installant le quai et ses attentes aux pieds des escalators.

Le miracle de Perrault, c’est celui de la transfiguration d’un ouvrage d’art – la station Garibaldi – en lieu de réinvention de la pratique de la ville.
maîtrise d’ouvrage Metropolitana di Napoli
contact
Metropolitana di Napoli, tél. : +39 081 2272 234

maîtrise d’œuvre
Dominique Perrault Architecture, Paris
• bureaux d’études
Bollinger + Grohmann, Francfort (structure), CESMA, Bordeaux, France (charpente métallique)
• exécution
Metropolitana di Milano - Napoli Metro Engineering
• entreprise générale
Pizzarotti & C. S. p. a

situation
Piazza Garibaldi, Naples, Italie

superficie du site
59 000 m²
surface construite
21 000 m² (galerie et station de métro)
profondeur
40m

début des études d’exécution
2004
début des travaux
2006
inauguration de la station de métro
novembre 2013
achèvement de la galerie avril 2015
achèvement prévisionnel de l’aménagement extérieur de la place
2016


programme

• création d’un «quartier des gares»
La place Garibaldi est un cas unique puisque 5 gares sont a proximité.
Aménagement en surface de la place, création d’un jardin, de zones piétonnes, réorganisation du trafic routier.

• création d’un pôle multi-fonctionnel
Galerie commerciale, parking et accès au métro et à la gare, pôle multimodal
Piazza Garibaldi